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Jeudi 18 novembre, 18h30

Chrétienté et Islam : les transferts culturels à l'occasion des Croisades

Les Latins ont vécu près de deux siècles en Orient : quels échanges ? Quelles influences encore visibles aujourd'hui ?

Les Latins ont vécu près de deux siècles en Orient : quels échanges ? Quelles influences encore visibles aujourd'hui ?

L'université populaire du pays d'Arles, l'UPOP'Arles vous propose une conférence de Florian Besson suivie d'un échange convivial autour de recherches historiques récentes concernant les apports culturels entre l'Orient et L'Occident lors de la période des Croisades. Florian Besson est docteur en histoire médiévale à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV)
Vers 1190, Arnaud de Lubeck, un moine allemand, rédige une chronique de son époque. Lorsqu'il raconte la troisième croisade, livrée entre 1188 et 1192, il écrit que les musulmans, décrits comme des païens, « pensent à beaucoup de choses que les nôtres n'ont pas encore apprises ».

Ce témoignage est exceptionnel : Arnaud reconnaît l'avance intellectuelle et technique de l'Orient musulman sur l'Occident chrétien. Ce constat, toutefois, n'est pas gravé dans la pierre : en effet, la fin de la phrase est : « si du moins les nôtres ne l'ont pas appris d'eux ». Autrement dit, les Sarrasins savent plus, mais les chrétiens savent apprendre.

Chrétiens et Sarrasins ; Roman d'Alexandre, ms. Royal 19 D I f. 65, copié à Paris vers 1340, enluminures par Jeanne de Montbaston.

 Par cette phrase, Arnaud met le doigt sur l'un des phénomènes les plus importants de l'Orient latin : les transferts culturels, à la faveur de la cohabitation, sur un territoire assez réduit, de différentes communautés linguistiques, ethniques et confessionnelles. Cette idée n'a pas toujours eu la faveur des historiens. Dans les années 1990, Jacques Le Goff, célèbre médiéviste, portait ainsi un regard très négatif sur la croisade et sur ses conséquences, rappelant, à moitié comme une boutade, que le seul fruit des croisades était l’abricot, ramené par les croisés en Occident. Pour Jacques Le Goff, les États latins étaient opposés à la Sicile et surtout à l'Espagne, pays vus comme les grands carrefours où se seraient faites les interactions et par lesquels seraient passés les échanges culturels.

Cette idée s’est largement répandue dans le grand public : lorsqu'on pense aux croisades, en effet, on pense davantage aux batailles successives, aux grands massacres qui suivent les prises des villes, qu'aux échanges culturels.

Tancrède, régent d'Antioche, recevant des envoyés ciliciens ; manuscrit de Guillaume de Tyr, ms. FR 9084 f. 42, copié à Acre vers 1270. 

On réduit donc souvent les croisades et leurs conséquences à un choc entre « les mondes », voire à une étape du « choc des civilisations ».

Mais comment imaginer que les Latins aient pu vivre près de deux siècles en Orient sans rien en ramener, ou sans influencer les sociétés locales ? De fait, depuis une vingtaine d’années, les recherches récentes soulignent l’importance des rencontres, des échanges, des contacts. D’Orient, les Latins ramènent des idées, des mots, des textes, des objets.

De nouvelles connaissances, notamment dans les domaines scientifiques, architecturaux ou médicaux, qui vont à leur tour, une fois transplantées en Occident, essaimer, vivre leur vie, influencer les cultures et les pratiques locales : qui, aujourd’hui, pense aux croisades en allant à l’hôpital ? Ou en partant en vacances dans une caravane ? Ou encore en s’allongeant sur un matelas ?

Cette conférence explorera ces transferts culturels, en s’intéressant aux acteurs impliqués dans ces échanges, à leurs enjeux, ainsi qu’à leurs limites.